Tonton Chris de LizioArticlesMr JIGOREL Jean-Baptiste - Le Manoir – LOYAT
56800 PLOERMEL
Né à GUILLAC le 30 Avril 1915
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RECIT D’UNE EVASION
Comme la plupart de ses camarades, Jean-Baptiste fut appelé au service militaire à l’âge de 21 ans. Il fut incorporé en octobre 1936 au 8ème Génie de Versailles et libéré de ses obligations militaires 2 ans plus tard en Octobre 1938. De ce passage à l’armée nous n’avons que très peu de renseignements. Il est rappelé 6 mois plus tard en mars 1939. En effet les menaces de seconde guerre mondiale se font de plus en plus pressantes. Le 3 Septembre 1939 la France déclare la guerre à l’Allemagne suite à l’envahissement de la Hollande et de la Belgique. Il est mobilisé sur le front de l’est jusqu’au mois de Juin 1940. Comme des milliers de ses camarades il est fait prisonnier en Côte d’Or lors de l’offensive allemande sur la Somme et envoyé de camps en camps à travers la France. Au mois de Décembre 1940 il est expédié en Allemagne au Stalag VIG à Bonn et ensuite transféré au Commando 624 à Cologne jusqu’au 6 mai 1942 où il décide avec un camarade de s’évader. C’est le récit de cette évasion que nous avons retrouvé et que je vous rapporte.
PREPARATION DE MON EVASION « En mai 1942 nous travaillons dans une ferme aux environs de Cologne. Nous participons aux travaux des champs. Après 2 ans de captivité nous décidons de nous évader avec un camarade finistérien Jean POUILLANDE et avec l’aide très utile de quelques amis prisonniers qui travaillaient à l’usine Westovem toute proche. C’est là que se faisait le dernier contrôle du matériel destiné à l’aviation avant de partir pour la France ou pour d’autres pays.
NOTRE EVASION Un jour les camarades sont venus nous dire qu’il y avait un convoi imminent pour Reims. Alors nous devions prendre une décision car il y avait 2 jours que nous étions dans un souterrain de l’usine et il y faisait froid. Pendant que les Allemands étaient à manger, nos copains ont profité de leur absence pour nous faire monter dans le wagon et le soir même ils le plombaient. C’était les prisonniers qui faisaient ce travail et cela nous arrangeait bien car il n’y eut pas de contrôle. Nous sommes embarqués pour 7 jours et 8 nuits dans cette fâcheuse position. Nous passons en Hollande, en Belgique puis nous traversons Tourcoing et Roubaix. C’est là que nous avons fini de défoncer le côté du wagon. Nous avons sauté du train en marche. Jean a d’abord sauté le premier. Je l’ai suivi aussitôt mais avec beaucoup de peur parce que les tireurs allemands étaient à chaque bout du train. C’était l’aube et il y avait du brouillard. On ne voyait pas loin et cela a facilité notre évasion. Nous sautions à contre-voie sur le ballast et nous nous sommes retrouvés à quelques 100 mètres l’un de l’autre. La chute fut brutale, j’étais défiguré, le visage plein de sang et la main droite complètement ouverte. Mon camarade avait une bande pour empêcher le sang de couler.
ARRIVEE EN FRANCE
Nous sommes retournés vers Tourcoing pour rendre visite aux parents d’un copain qui était avec moi en Allemagne. Je connaissais son nom et son adresse : Emile CORNARD, 22 rue de Fèves. Ce fut pour eux une grosse surprise de voir deux gars blessés et nous demandèrent qui nous étions et ce que nous faisions. Après les présentations, ils nous firent entrer. Nous nous sommes nettoyés, rasés et nous avons pu panser nos blessures. Nous avons mangé et le soir même monsieur Cornard fut nous chercher 2 billets à la gare et nous avons pris le train pour Paris. Nous avons passé la nuit chez des parents. Le lendemain nous devions prendre la direction de Vierzon où nous avions des adresses. Le voyage fut annulé et nous sommes restés à Paris et le soir nous trouvâmes un petit hôtel pour nous héberger. Le lendemain nous devions prendre un train à la gare de Lyon mais il était trop tard, le train était parti.
Alors que faire maintenant ?
RETOUR EN BRETAGNE
Pour ma part je décidai de descendre en Bretagne pour revoir ma famille. Mon camarade resta à Paris pour voir sa femme qui travaillait dans un hôpital de la capitale. Je pris le train à la gare de Montparnasse en direction de Ploërmel. Le voyage se passa relativement bien. Mes parents alertés par des amis sont venus me voir à Ploërmel, chez Monsieur et Madame Juhel rue des Herses. J’y suis resté toute la journée. Mais il ne fallait pas que je demeure là plus longtemps car de nombreuses patrouilles circulaient en ville. En effet des groupes de FFI de l'ouest sabotaient les voies et moyens de communication dans la région. Il y avait de terribles représailles parmi la population. Je pris le car pour Rennes où le frère de Madame Juhel m’attendait. Je ne le connaissais pas mais j’avais la main droite bandée suite à ma blessure et il me repéra très vite. On l’avait prévenu par téléphone de mon arrivée.
PASSAGE EN ZONE LIBRE
Je suis resté chez lui pendant 3 jours. Pendant ce temps il s’était mis en relation avec le Directeur de l’usine Briand de Tours. Je pris donc le train pour Tours et je me rendis à l’usine avec une lettre de recommandation que je présentai. On me précisa de revenir après le déjeuner. J’y retournai. Le directeur me confie à un homme qui me fait prendre un car pour une nouvelle destination et une nouvelle adresse. Arrivé au lieu convenu, je demande la personne que je dois contacter. Mais hélas les nouvelles sont très mauvaises puisque la famille que je dois rencontrer est en prison depuis la veille. Les personnes qui m'avaient reçu discutaient entre elles, décidèrent de me garder pour la nuit et de prendre une décision plus tard. Le lendemain ils me confièrent à un homme qui était charpentier couvreur. Ensemble nous nous rendons sur un chantier à 3 kilomètres de la ligne de démarcation. Arrivé sur le chantier il monte sur le toit et me dit : « viens voir, je vais te montrer la ferme où tu dois aller, c’est un véritable petit château, ne vas surtout pas à gauche car il y a des habitants qui collaborent avec les Allemands ». Je l’ai quitté avec un outil qu’il a bien voulu me donner. J’arrivai à un barrage, pas très fier mais je passai sans encombre et je traversai une autre route. J’étais en zone libre. Aussitôt je me rendis à la ferme indiquée.
CHEZ MES AMIS D'INDRE ET LOIRE
C’était l’heure du repas. Je leur dis que je devais laisser un outil que le patron viendrait récupérer. On me signala que je venais de franchir un barrage et que j’avais vraiment eu beaucoup de chance. En effet le facteur qui venait de passer avait croisé des allemands couchés dans l’herbe et en état d’alerte. Ce monsieur qui me disait cela, c’était Monsieur Albert ECHARD de Vou commune d’Indre et Loire. Il est maintenant maire de sa commune. Je suis resté 2 mois dans cette famille où j’ai travaillé et conduit les chevaux. Puis je suis parti à Fleret la Rivière chez Monsieur DELOGES où je suis resté jusqu’à mon retour à Ploërmel. J’y suis retourné 3 fois depuis et je corresponds toujours avec mes amis de l’Indre et Loire »
Ce récit a été fait par Jean-Baptiste pour obtenir le statut et la médaille de prisonnier. Durant sa vie notre père en a très peu parlé, il a rarement évoqué cette tranche de vie. Par pudeur certainement mais surtout parce que tous ceux qui ont vécu ce genre d’évènements les taisent afin de les oublier . Maintenant nous regrettons tous de n’avoir pu ni échanger ni partager avec lui ces souffrances vécues, cette jeunesse si bouleversée ou tout simplement évoquer avec lui le vie quotidienne de cette époque.
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